Michel CORBOZ s'en est allé...

Publiée le 

27 octobre 2021

Un grand Maître, sinon le plus grand,

un Ami d'une émouvante fidélité.


Jeunes musiciens à peu près du même âge, nous nous étions rencontrés pour la première fois vers la fin des années 50, dans le cadre  d'un cours de direction dispensé, à Marly-le-Roi, par César Geoffray. À cette époque, j'avais été séduit, avant tout, par la très belle voix de soliste de Michel : timbre chaud, justesse des phrasés, présence naturelle immédiate, révélatrice d'une exceptionnelle bonté d'âme portée par un regard particulièrement pénétrant et... ravageur ! J'avais remarqué, naturellement, la beauté de son geste conducteur.


Mais nous nous empressions aussi à refaire le monde. Tous les enseignements proposés passaient au crible impitoyable de notre aune. Par chance, le Professeur du moment reçut notre assentiment ! Michel avait une longueur d'avance car il avait suivi la formation d'un expert en science de la direction : son compatriote Pierre KAELIN. On connaît l'ouvrage de ce dernier, paru à Genève (Ed. Kister) : Le Livre du Chef de Chœur, modèle du genre.


Phénomène assez singulier pour être souligné : depuis cette époque lointaine, malgré des carrières respectives bien fournies et malgré l'éloignement géographique, nous n'avons jamais manqué une occasion de continuer à confronter nos expériences et nos conceptions dans le domaine de la direction, technique et interprétation confondues.

A quelque temps de là, par exemple, en route vers le Festival de Salzbourg, je décidai de transiter par Lausanne, suite à une suggestion de Michel CORBOZ, à seule fin de découvrir l'œuvre d'un autre compositeur suisse : Julien-François Zbinden. Bien m'en prit. Je fus enchanté par l'approche d'une esthétique originale, dans la lignée des Stravinsky ou Bartok. Et quel bonheur de suivre l'activité d'un Michel méconnaissable, transcendé !


Chaque artiste construit son univers comme on bâtit sa maison. Tel chef préfère le répertoire lyrique, tel autre excelle dans le style baroque, un autre encore s'illustre en qualité d'expert en musique contemporaine, et ainsi de suite. Tandis que ma propre sphère gravite autour des Symphonies et Concertos, celle de Michel s'épanouit en cantates et Oratorios. Chacun est suffisamment armé pour aborder tous les genres, mais on s'abreuve toujours à sa source de prédilection.


Rien n'est plus jouissif que les «joint-concerts», comme ce fut le cas au Festival d'Hiver de Vaison-La-Romaine, autour de l'Oratorio de Noël de JS Bach avec mon ancien Orchestre.

Précieux souvenir. Mais, au fait, qu'est donc devenu ce Festival si prometteur ?...


Et à présent ?

Je suis persuadé que là où il se trouve, in Paradisum, Michel CORBOZ doit, en grand Maestro reconnu et admiré, être déjà en train de diriger le Chœur des Anges...


Lucien JEAN-BAPTISTE

Chef d'Orchestre

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