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Le Chant des Séniors dévoile les effets thérapeutiques du chant choral

il y a 2 minutes
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Actant l’engouement des retraités pour le chant choral, l’Association À Cœur Joie a élaboré une méthode de travail choral adaptée aux choristes séniors. Cette procédure s’est appuyée sur les retours de stages rassemblant choristes d'âge mûr et chefs de chœur et sur des Cafés-Chorals, conférences-débats menées par des experts du chant et de la voix ou des médecins et enseignants traitant les capacités cognitives. Mais ces interventions ont aussi révélé les effets thérapeutiques du chant choral sur les personnes exclues socialement par leur pathologie ou leur origine. À Cœur Joie a donc compilé ces informations et procédures abordés pendant les séjours "La Voix devant Soi" dans un document et l’a mis à disposition des chefs de chœur, mais aussi des thérapeutes et des intervenants en psychothérapie sociale sur la page du programme Le Chant des Séniors.


Des stages édifiants

Réalisé en octobre 2022, le premier stage de La Voix devant Soi a réuni 60 choristes séniors qui ont témoigné sur leurs attentes et les difficultés qu’ils rencontraient lors de leurs activités chorales lors de quatre « Causeries » : Mémoire et Chant choral ; La Voix et l’Oreille ; Le Corps dans tout ça ; Autonomie et Solidarité.  Sans tabou, les choristes séniors ont dévoilé leur crainte de la « mémoire qui flanche », que ce soit pour « mémoriser les textes, notamment ceux en langue étrangère » ou « apprendre les voix harmoniques, plus difficiles à mémoriser que les voix mélodiques ». Seconde inquiétude, la perte progressive de leurs capacités vocales et auditives a porté l'attention sur les appareillages auxquels doivent recourir certains séniors, avec les contraintes qui en découlent. Le corps âgé peut aussi défaillir lors d’une prestation chorale consommatrice d’énergie : 200 calories/heure, soit l’équivalent d’une heure de marche à 5 km/heure. Les chefs de chœur ont dévoilé des solutions issues de leur expérience, comme le recours à des techniques de mémorisation reposant sur la plasticité du cerveau humain, laquelle permet la mémorisation à tout âge. Ils usent aussi d’une émulation permanente qui stimule leurs choristes et entretient leur plaisir de chanter.


LES ECHANGES DES CAFES CHORALS

Au travers les Cafés Chorals en ligne, des spécialistes ont conforté cette volonté de soutenir le Chant des Séniors en présentant des solutions aux différents problèmes évoqués.


Enseignante en biologie, Myriam Bou a développé des compétences en neuro-éducation facilitant le travail pour ses étudiants et les a transposées à l'apprentissage d’œuvres chorales. L’enseignante assure que le cerveau conserve toute la vie une plasticité cérébrale qui permet de mémoriser toujours plus de chants. Cependant, le chef de chœur doit cultiver l’attention des séniors pour que les trois cerveaux qui interagissent dans la tête de l’être humain : le cerveau reptilien, qui gère l’instinct, les réflexes et la survie ; le cerveau limbique, qui émet émotions ou souvenirs et le cortex, qui gère raisonnement, langage et pensée, se combinent pour faciliter l’apprentissage des partitions. Myriam Bou étaye aussi la mémorisation par des mécanismes et des pratiques simples.


Étudiante en Master II à l’Université de Lorraine, Cécile Lemière a consacré son mémoire au vieillissement vocal des choristes. Certaines dégénérescences vocales qui surviennent après soixante ans déstabilisent les choristes. Celles-ci se nomment : presbyphonie, lorsque la calcification des cartilages laryngés, l’atrophie des muscles et la réduction des capacités pulmonaires amenuisent le niveau sonore du choriste ; presbyacousie quand l’audition s’est dégradée et dysphonie quand les sons produits ne correspondent plus à l’intention du chanteur. Si 91,8% des chefs de chœur que Cécile Lemière a interrogés ont rencontré des cas de presbyphonie dans leurs troupes, ils ne signalent pas de cas de presbyacousie ou de dysphonie, les choristes luttant d’eux-mêmes contre ces défaillances. Mais seuls 77% des chefs estiment pouvoir détecter et résoudre ces problèmes. Aussi, 52,5% d’entre eux incitent leurs choristes à consulter un spécialiste médical, 42% leur recommandent de prendre des cours de chant et 24% adaptent les partitions aux capacités vocales de leur chœur. Attentifs à créer un bel équilibre vocal dans tous leurs pupitres, les chefs de chœur plébiscitent donc l’apport d’informations sur la presbyphonie, ainsi que des rencontres avec des orthophonistes.


Audioprothésiste et épouse d’un musicien, Sandrine Boisseleau sait comme la perte d’audition liée à l’âge traumatise les choristes : « Il faut dédramatiser cette presbyacousie naturelle et recourir à un appareillage audio-prothésiste qui stoppera l’aggravation », conseille-t-elle. Le problème vient des 15 000 cellules ciliées qui, tapissant la cochlée de l’oreille interne et captant les fréquences aiguës jusqu’à 20 000 Hertz, atteignent un degré de sénescence qui fait qu’elles vibrent moins et ne transforment plus les sons les plus aigus en signaux électriques. Ces sons deviennent voilés et sourds, en même temps que la voix parlée, qui porte de 500 à 5000 Hertz, perd de sa netteté dans les consonnes. Entièrement numériques, les appareillages incluent des microphones, des amplificateurs, des microprocesseurs, des écouteurs et des algorithmes anti-larsen et anti-vent. Placé dans l’oreille ou derrière elle, l’appareil privilégie l’intelligibilité de la parole, mais le chanteur exigera un appareil dédié aux chanteurs et musiciens et réglé avec une résonance linéaire distinguant les finesses de la musique et des harmoniques. « L’appareillage nécessitant une rééducation auditive pour retrouver les fréquences aiguës, « reconnaître » à nouveau sa voix et respecter la justesse des notes, l’appareillage inclut un mois d’essai gratuit pour la mise au point et l’accoutumance, insiste Sandrine Boisseleau. Je recommande donc de ne l’acheter que lorsque la correction satisfait à 100% ».


Le contrôle de la voix passe par l’ouïe

Phoniatre et médecin ORL spécialiste des troubles de communication entre oreille et voix, le Dr Elisabeth Péri-Fontaa souligne que la voix fonctionne dans le cadre d’une boucle audio-phonatoire : « Notre cerveau distinguant et mémorisant la voix et les sons, notre qualité auditive influence notre voix que nous percevons par voie aérienne pour les sons aigus et osseuse pour les sons graves », assure-t-elle. Les chefs de chœur doivent donc connaître les seuils auditifs pour faciliter à leurs choristes l’apprentissage et la mémorisation des chants. De plus, « l’homme n’a pas d’appareil phonatoire, seulement des organes gérant l’air : poumons, cordes vocales, larynx, plus le diaphragme et le périnée qui l’expulsent. Après que les cordes vocales ont découpé l’air en tronçons, la fréquence de la voix est créée dans les ventricules de Bernouilli, avant que les 4 résonateurs que sont la cavité pharyngée, la cavité buccale, la cavité labio-dentale et la cavité nasale, et puis les articulateurs : langue, pharynx, larynx, voile du palais et lèvres, les chargent en résonances, intensité vocale et phonèmes ». Le résultat acoustique « dépend de la géométrie du conduit vocal et des propriétés myo-élastiques des différents tissus, précise encore Elisabeth Péri-Fontaa. Si la note est fausse, il faut changer le geste par l’écoute, puis mettre la technique en place tout en évitant douleur vocale ou surchauffe ». Le lieu du chant ayant ses propres résonateurs, les chefs de chœur intégreront aussi cette contingence dans leur processus d’obtention de la meilleure qualité chorale. Deux atouts dans leur pratique : « Plus on chante et plus on chante juste, assure la phoniatre. Et si l’âge réduit l’ouïe et durcit les cordes vocales, la voix ne commence à vieillir que lorsqu’on cesse de s’en servir ».


Répondant à ces soucis de santé vocale, Christine Jager, pédagogue du chant, a créé sa technique vocale : « De Vive Voix ». Visant à permettre au choriste de « maîtriser son instrument « Voix » pour être plus disponible à l’écoute et vivre pleinement la mélodie », Christine Jager a déterminé la Posture, le Souffle, le Soutien et l’Usage des Résonateurs comme étant les axes incontournables d’une bonne technique vocale. Sur le plan postural, le choriste apprend ainsi à ouvrir son espace claviculaire en rapprochant ses omoplates, à allonger sa nuque et à décoller son dos du dossier de sa chaise ou, en position debout, à soutenir son bassin avec un dos bien droit pour laisser le chant s’installer dans son corps. Côté respiration, « le chanteur respire non pas avec l’abdomen qui ferme le corps, mais avec le dos qui l’ouvre et permet une respiration circulaire dans tout le corps ». Le soutien vocal vient de la pression du périnée qui envoie l’air jusqu’aux résonateurs. Pour que l’ensemble de ses prescriptions devienne une checklist vocale à vérifier avant le chant, Christine Jager propose des exercices allant de la déclamation préalable du texte à des sons ou des phonèmes répétés qui constituent, avec le minimum de dépense physique, la préparation vocale du choriste.


Les modifications physiologiques qui affectent la voix après 60 ans peuvent décourager les choristes séniors. Les hommes montent en aigu et perdent en souffle, tandis que les femmes voient décliner leurs aigus. Réaffecter les choristes atteints par cette sénescence dans d’autres pupitres serait « un mauvais calcul du chef de chœur, affirme Dominique Michaut-Alchourroun, en charge de la mission « Le Chant des Séniors » à À Cœur Joie, car la voix se dégrade plus vite quand elle sort de son registre naturel. Le chef de chœur doit donc adapter le répertoire à ses effectifs ». Au Centre de Documentation pour l'Art Choral de La Cité de la Voix, consultable par Internet, le chef de chœur trouvera 52 000 partitions, tandis que les Éditions À Cœur Joie proposent 5 000 titres, ainsi que sa série "Oser", qui présente des airs célèbres adaptés pour chœur à 3 voix mixtes Sopranes- Altos- Hommes. Arranger des partitions pour en abaisser les ambitus d’un ton et recourir à des compositeurs vivants sont aussi des solutions préservant la beauté. Enfin, le recours à des renforts professionnels rassure les choristes et sécurise la qualité des concerts. 


Chanteur professionnel et psychologue, Christophe Ferveur rappelle que la santé mentale d’un individu résulte de l’interaction positive entre ses bien-être psychologique, biologique et socioculturel. Cette interaction s’inscrit d’ailleurs en lui dès sa prime enfance puisqu’elle a construit son schéma d’accordage avec ses parents et sa relation subjective avec le monde. Il se trouve que l’adaptation à la gestuelle du chef de chœur et l’apprentissage du chant s’appuient sur ce schéma d’accordage originel lié à la qualité de la relation entre le chœur et le chef de chœur. Le choriste s’accorde ainsi avec le chœur et le chœur avec la gestuelle du chef au point de modifier son émission sur un simple geste. L’appétence des choristes pour le chant choral trouve là sa première origine, mais il y en a d’autres. Le chant choral a un effet anti-dépresseur, puisqu’il produit de la dopamine et de la sérotonine. Par son bienfait sur la circulation sanguine et le cœur, le cerveau et la mémoire, il réduit les troubles du sommeil et de l’audition et ralentit le vieillissement. Il renforce l’imagination, les compétences linguistiques et le repérage dans l’espace. 


Les bienfaits du chant et de la musique

Musicothérapeute, Raphaël Terreau confirme les potentiels thérapeutiques de la musique, qui tisse des liens privilégiés avec les émotions, la mémoire, l’apprentissage, le langage, la communication et la relation au monde, contribuant à réduire les maladies dégénératives des séniors. « Le moment musical est propice à l’émergence des souvenirs et relie les êtres », affirme sa collègue Claire Oppert. Le Professeur de neuropsychologie Hervé Platel a aussi constaté, lors de ses études des réseaux cérébraux impliqués dans la musique et le chant, que la pratique musicale s’apparente à une gymnastique cérébrale qui accroît la structure du cerveau en associant l’activité physiologique de la musique à celle du langage, en augmentant la structure de l’hippocampe et le volume des zones du cerveau de la mémoire, du langage et de la motricité, créant même des zones cérébrales dédiées. Cette modification cérébrale s’accompagne aussi d’une modification de certains muscles du corps. Toutes ces fonctions étant coordonnées, elles forment un bloc résistant à la maladie d’Alzheimer.


Le bonheur de chanter

Membre du groupe de recherche "Résilience et Personne Agée", Pierre Lemarquis est neurologue, neurophysiologiste et neuropharmacologue et il étudie les liens existants entre le cerveau et la musique. L’écoute d’une mélodie connue par des patients atteints d’Alzheimer ou victimes d'AVC qui avaient perdu le langage, les a rendus capables de la fredonner. « Faire tourner un air en boucle dans sa tête s'apparente à un comportement addictif, explique-t-il. Quand on écoute une musique qui nous plaît ou qu'on la chantonne dans notre tête, notre cerveau sécrète des neurotransmetteurs (la dopamine, la morphine endogène et la sérotonine) qui activent le circuit du plaisir et de la récompense exactement comme dans la prise de drogues ». Pour lui, le frisson qu'on ressent en écoutant de la musique « est lié à la libération d'endorphines qui agissent comme des antidouleurs ».


« Le chœur est une communauté travaillant en temps partagé comme une équipe et une organisation déployant l’énergie et les moyens nécessaires pour qu’un projet choral fonctionne, souligne Ouassem Nkhili, musicien et chef de chœur formé à l’intelligence collective. Cela passe par des références communes et par quatre familles de tâches réparties dans le temps choral : l’activité artistique (33%), la communication interne/externe (42%), l’organisation (8%) et la pédagogie auprès des choristes (17%). Le chœur doit aussi fédérer les neuf typologies de personnalités qui transparaissent toujours au sein d’un groupe et dont l’adhésion contribue au succès du projet. Pour cela, il faut prévoir un « système restauratif » à opposer aux dénigrements et basé sur les « 5 R » : Ralentir, Respirer, Ressentir, Reformuler, Répondre, ceci sur quatre niveaux d’écoute : automatique, factuelle, empathique et générative, ce dernier niveau contribuant au succès du travail choral. Il faut aussi intégrer de nouveaux membres sans mépris, ni rejet ». Pour mener ces démarches, Ouassem Nkhili recommande la dynamique de groupe comme mode de gouvernance pour amener tous les choristes à s’engager pleinement avec leur chef de chœur, tandis que celui-ci privilégiera une « pédagogie blanche », basée sur l’explication systématique des problèmes survenus en cours de travail et des solutions adoptées, ce qui maintiendra la cohésion du chœur.


Le chant choral, comme méthode d’inclusion

Au Québec, Isabelle Peretz, Fidaa Akrout, Dawn Merrett, Hsun-Yi Liao et Isabelle Héroux se servent du chant choral pour apprendre le français aux étrangers intégrant leur pays. « Les participants à la chorale rapportent une nette amélioration de leur compréhension et, après huit semaines, produisent davantage de mots en français lors de tâches spontanées de description d’images, rapporte Fidaa Akrout. Le sentiment d’appartenance au groupe augmente de façon significative…, ce qui constitue un antidote à l’isolement. Là où certains programmes d’intégration échouent à créer des liens, le chant crée naturellement des connexions. Sans pression ni compétition, la chorale devient un espace de répit et de partage ».

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