Comme beaucoup d’autres chœurs professionnels ou amateurs, le Chœur National des Jeunes a connu un épisode de contamination (un cluster) lors de sa dernière résidence qui a coïncidé avec le pic de l’épidémie de la fin octobre. C’est une expérience naturellement difficile pour les chefs, les chanteurs et l’organisation, même en l’absence de conséquences sanitaires graves à ce jour.

Plutôt que d’en taire les conditions, et en concertation avec le chœur, nous souhaitons partager cette expérience avec tout le secteur, pour en tirer collectivement, et avec humilité, des leçons utiles à un redémarrage progressif et en sécurité de l’activité chorale à l’issue des périodes de confinement.

Nous espérons que d’autres chœurs atteints sauront nous suivre dans cette démarche de transparence, peut-être douloureuse, mais que nous pensons salutaire.

 

Côme Ferrand Cooper

Directeur d’A Coeur Joie France

Choeur National des Jeunes

un cluster COVID 19 - Retour d’expérience

Le Chœur National des Jeunes a tenu sa session annuelle du 25 au 30 octobre 2020 à Vaison-la-Romaine.

Malgré un protocole sanitaire strict et des adaptations complexes et coûteuses de la session, un épisode de contamination s’est déclenché.

 

Il est notable que, parmi les nombreux chœurs amateurs comme professionnels ayant vécu de tels épisodes, bien peu aient choisi d’en communiquer les détails. Nous souhaitons partager publiquement ce que nous savons, et notre lecture de la situation, pour en discuter sereinement les enseignements avec tout le secteur. 

Une résidence de travail à l’origine d’un cluster

Une résidence de cinq jours

Résidence annuelle de travail du Chœur National des Jeunes.

  • 24 chanteurs de 18 à 25 ans, 2 chefs, 2 personnels d’A Coeur Joie.

  • 5 jours de travail en commun : arrivée le 25 octobre au soir, départ le 31 au matin.

  • Un concert était prévu le 30 dans un festival, il a dû être annulé (confinement annoncé le 28).

  • Un protocole sanitaire allant au-delà des recommandations légales avait été défini, couvrant l'hébergement, les lieux et modalités de travail, et le concert (voir plus bas).

Les objectifs généraux de la résidence

  • Reformer chaque année un groupe de chanteurs solidaires et autonomes, accueillant au moins 25% de nouveaux chanteurs.

  • Préparer le programme musical qui servira pendant toute une saison de concerts.

Sur ces points, le bilan est positif, la session s’est très bien passée, et malgré les contraintes, le CNJ a pu monter un programme de qualité pour préparer sa saison.

Objectifs particuliers à cette session 2020

  • Suite au confinement du printemps dernier, redémarrer le CNJ après plusieurs mois d'arrêt avec de nouvelles conditions (réduction d'effectif, temps de travail plus contrôlé, répertoire adapté au nouvel effectif)

  • Dans les conditions sanitaires actuelles, impliquer les chanteurs pour, dans les moments collectifs, expérimenter au maximum les gestes de protection (port du masque même en répétition, distances physiques, gel ou lavage des mains, notamment). L’objectif était de prouver la possibilité d’une session en sécurité.

 

Le bilan est, sur ce second point, évidemment négatif. Nous analysons cette situation dans ce document.

 

Un cluster détecté rapidement

Le 2 novembre, un participant nous indique qu’un test effectué le 1er novembre le montre positif. Nous alertons tout le monde, en leur demandant de s’isoler, de se faire tester au premier symptôme ou, à défaut, 7 jours après le dernier contact conformément aux recommandations officielles. Nous suivons et rassemblons les retours des participants.

 

Bilan : sur 28 personnes impliquées dans le séjour, 20 ont été testées positives à des tests PCR dans les 8 jours suivant le dernier contact (70%).

 

A ce jour, l’impact sanitaire est heureusement faible, avec des symptômes légers et de courte durée ou des cas asymptomatiques. Nous suivons évidemment le groupe avec toute l’attention requise.

 

Il est statistiquement improbable que toutes ces contaminations aient eu lieu avant le séjour :

  • certains participants ont été testés négatifs dans les jours précédant le séjour, puis positifs après.

  • une partie des cas positifs ont présenté des symptômes typiques de la COVID dès les jours suivant la fin du séjour.

Il est donc raisonnable de supposer un épisode de contamination lié au séjour.

En revanche, nous ne savons pas combien de participants ont pu amener le virus dans le chœur, ou si la contamination vient d’une source extérieure.

 

Une tentative d’analyse

Une telle résidence de travail combine plusieurs situations de mise en contact des personnes. Il est difficile de tracer avec certitude les instants de contamination, probablement différenciés suivant les personnes. Nous présentons en toute objectivité les situations, et nos hypothèses.

L’objectif n’est pas de pointer du doigt telle ou telle partie prenante de ce projet par essence collectif et complexe, mais d’en retirer des enseignements pour de futures opérations, et les partager avec le secteur.

 

Périodes de travail musical

Facteur de contamination : probabilité faible

Un protocole sanitaire, basé sur les recommandations d’A Cœur Joie, a été défini depuis plusieurs mois, présenté et discuté avec le chœur. Il est résumé en annexe, mais il comporte des mesures qui vont au-delà des obligations légales en termes d’espacement (2 mètres au lieu de 1), de masques (chant masqué), d’aération et de travail en groupes séparés.

  • Nous avons réduit la taille du chœur de 32 à 24 pour permettre l’espacement des chanteurs dans un maximum de lieux.

  • Nous avons engagé un chef assistant pour permettre le travail en groupes séparés.

  • Nous avions réservé 5 espaces de travail, dont deux permettant un travail en tutti en respect des distances et trois pour des séances en petit groupe.

  • Tous les lieux permettaient une aération mécanique et/ou par l’ouverture de fenêtres. Le temps très clément a permis une aération permanente, ainsi que des séances en extérieur.

  • Quelques moments de chant sans masque ont été possibles en appliquant une distance de plus de 3 mètres entre les chanteurs assis dans l’Espace Culturel de Vaison ou en extérieur.

 

Ce protocole musical a été bien maîtrisé, appliqué et compris.

En nous basant sur les avis scientifiques disponibles à ce jour, nous pensons que ces périodes de travail musical n’ont probablement pas ou peu contribué à la contamination.

Périodes de repas

Facteur de contamination : probabilité moyenne

Après négociation avec le lieu d'hébergement, nous avons pu obtenir des tablées de 4 au lieu de 6 personnes (la norme légale). Malgré nos demandes, une plus grande distance entre les convives n’a pu être organisée, du fait de la présence d’autres groupes dans le lieu d’hébergement.

Un plan de table a été dressé pour tout le séjour, dans l’espoir de contenir une éventuelle contamination à des sous-groupes de 4 personnes.

L’analyse des données ne montre pas de corrélation directe avec les tablées sans que cela exclut ce facteur.

En revanche, deux épisodes de chant spontané ont eu lieu lors de repas, pour partie démasqués. Cela a pu contribuer à la contamination.

 

Périodes de sommeil

Facteur de contamination : probabilité très faible

Alors que le chœur est habituellement logé en hébergement collectif, nous avions choisi, malgré le surcoût important, de réserver des chambres individuelles pour les chanteurs (avec quelques couples constitués partageant une chambre,dont des cas de non contamination au sein du couple...).

Certaines chambres partageaient des sanitaires, mais les données ne pointent pas vers ce facteur de contamination.

 

Périodes de “concert”

Deux prestations musicales ont eu lieu.

Intervention en plein air

Facteur de contamination : probabilité très faible

Une petite présentation (30 minutes) sur une place publique a eu lieu. Les chanteurs ont chanté masqués, en respectant la distance de sécurité. Une bonne brise assurait une aération majeure. Nous ne pensons pas que cela ait été un facteur.

Concert en direct sur internet

Facteur de contamination : probabilité faible

A défaut du concert annulé pour cause de confinement, nous avons organisé une rediffusion en direct du travail du chœur depuis un auditorium (50 minutes).

Le lieu est équipé d’une ventilation mécanique en apport d’air neuf. Les chanteurs étaient masqués. En revanche, pour cette prestation, les distances ont dû être réduites parfois à environ 1,5 mètre, du fait du manque d’espace sur le plateau.

Cela a pu être théoriquement un facteur, mais les dates d’apparition des symptômes ne pointent pas vers cet événement de manière forte.

 

Périodes de vie sociale du choeur

Facteur de contamination : probabilité forte

En dehors du travail, des concerts, du sommeil, des repas, le chœur en résidence a eu des périodes de temps libre en autonomie.

Un travail de sensibilisation important a été effectué en amont, au début et au cours de la session pour rappeler l’importance de respecter les gestes barrières dans ces moments de “convivialité”. Les dangers d’un cluster ont été rappelés, d’abord pour la santé des participants, mais aussi pour le principe même de la résidence et pour le programme de concerts de l’année.

 

Le chœur étant constitué de personnes majeures, il n’était ni envisageable légalement, ni conforme au projet pédagogique du CNJ, d’instaurer un système de contrainte et de surveillance permanente qu’aurait impliqué par exemple un accueil de mineurs. Nous ne pouvons que rapporter ce que nous avons constaté dans nos temps de présence.

 

Une situation évolutive, un contexte défavorable...

Les premiers jours, les consignes ont semblé très bien tenues, et quelques rappels à l’ordre ont permis d’éviter des effusions toutes naturelles lors de retrouvailles d’un groupe si soudé.

Le temps clément, les espaces disponibles, l’isolement du lieu par rapport à la ville ont permis d’éviter en général trop de promiscuité. En revanche, combinés aux liens personnels forts dans le chœur, ils ont probablement contribué à une atmosphère de “bulle” relative. Les quelques activités détente en extérieur (marché, pétanque, discussions masquées…) n’ont probablement pas été un facteur de contamination.

 

Une annonce aux effets négatifs

Le mercredi 28 au soir, le discours du président Macron, annonçant le confinement a été un événement assez violent pour les chanteurs, qui l’ont suivi en direct. Cette annonce signait l’annulation du concert prévu le vendredi, et des semaines de confinement à venir. Des larmes, des embrassades et un sentiment de gâchis perceptible. Les chanteurs ont décidé de se retrouver pour une soirée ensemble, ont commandé des boissons...

 

Sentant le danger de la situation, pour le travail et la santé du choeur, nous les avons rassemblés immédiatement pour

  • leur proposer un concert en extérieur et une rediffusion en live dès le lendemain

  • leur rappeler l’importance des gestes barrières, y compris dans leur temps libre, leur rappelant qu’il ne sont pas en “vacances”, mais dans un projet financé et porté par un réseau.

Cela étant, une soirée “conviviale” s’est organisée dans une salle aérée et sur sa terrasse, avec des boissons, des jeux de société et, forcément, un peu de chant et de danse.

La soirée n’a pas donné lieu, à notre connaissance, à des abus graves. Mais il est clair que le respect des gestes barrières y a été partiel, et probablement dégradé en fin de soirée.

Nous avons rapidement constaté que, au-delà de rappels aux consignes en début de soirée, nous ne pouvions techniquement assumer le rôle de “police des mœurs" avec des participants majeurs et responsabilisés.

Une seconde soirée a eu lieu le lendemain, veille du départ, dans des conditions probablement similaires.

 

Nos conclusions

 

L'émergence du cluster est le résultat d’une conjonction défavorable de facteurs, certains incontrôlables, d’autres qui auraient pu l’être plus, qui ont rendu les précautions inopérantes.

Un contexte défavorable

L’ensemble de l’opération a été imaginée à une période de faible circulation du virus, de faibles occurrences dans des chœurs. Au moment de sa conception, nos protocoles et les adaptations importantes en termes d’hébergement et de salles de travail semblaient presque trop maximalistes à certains.

Mais les dates de la résidence ont malheureusement coïncidé avec le pic absolu de circulation du virus en France, pic qui a surpris jusqu’aux autorités sanitaires elles-même et amené à des restrictions soudaines de l’activité (couvre feu le 24 octobre, confinement le 30).

L'émergence de clusters dans de nombreux chœurs, pro et amateur, à cette même période signale l’effet de surprise dans une phase de rentrée pensée comme un moment de reprise possible de l’activité chorale.

Le travail de préparation en amont et pendant la session, incluant une demande formelle aux chanteurs de restreindre leurs activités sociales dans les 10 jours précédant la session, n’a pas suffit à protéger le groupe.

Enfin, l’annonce du confinement a été paradoxalement un facteur déclenchant de comportement à risques.

Un protocole sanitaire correct pour l’activité musicale et les conditions d’hébergement

S’il est compliqué d’analyser les causes de chaque contamination, nous pensons que les dispositions prises pour les activités musicales et les fonctions sommeil, repas, transports, ont permis de garantir la sécurité des chanteurs.

Une sous-estimation du risque social

En tant qu’organisateurs de la résidence, il nous faut constater et assumer une sous-estimation du risque social dans un tel groupe.

Le CNJ, c’est dans son projet, a pour objectif de constituer un collectif de chanteurs solidaires et soudés. La conséquence de ces liens personnels forts a été de favoriser des comportements qui auraient été bien sages en temps normal, mais se sont avérés des facteurs de risque dans ce contexte de danger sanitaire.

Il ne s’agit pas de condamner des comportements que nous avons tenté de prévenir à la mesure de nos moyens, ou d’en assumer l’intégralité de la responsabilité.

Comme dans toute aventure collective, il y a là un partage de responsabilités : des succès (une belle session musicale) et des échecs (un cluster important).

 

Rétrospectivement, un arbitrage plus sévère sur les composantes musicales, logistiques mais surtout sociales aurait peut-être permis d’éviter l’épisode. 

Des leçons pour l’avenir

A l’issue de cette phase de confinement, et d’éventuelles suivantes, il y aura des reprises d’activité chorale.

Nous en tirons les conséquences suivantes pour ces phases de déconfinement graduel :

  • Un protocole sanitaire strict peut probablement protéger les activités musicales elles-mêmes (répétitions, concerts).

  • Les besoins logistiques (hébergement et restauration) doivent faire l’objet d’un protocole encore durci par rapport aux recommandations légales actuelles, probablement insuffisantes.

  • Les activités de socialisation doivent être éliminées clairement dès la conception des opérations, tant leur maîtrise par l’organisateur est aléatoire et soumise à des facteurs extérieurs et humains non maîtrisables avec des adultes.



 

Protocole sanitaire CNJ résumé

 

Hébergement

Hébergement collectif dans un village vacances, application des protocoles officiels.

Chanteurs en chambre individuelle, sauf : cas de couples préexistants, demandant à partager une chambre.

 

Restauration

Restauration collective dans le village vacances. application des protocoles officiels (gel, sens de circulation, service à table, etc.).

Renforcement du protocole légal avec tables de 4 personnes (au lieu de 6 légales), définies à l’avance. Les tablées sont conservées durant tout le séjour.

 

Chant

  • 2 espaces de répétition de grande dimension (auditorium du centre de vacances, et Espace Culturel municipal)

  • 3 espaces de travail aérés pour travail en petit groupe

  • Travail en extérieur quand le temps le permet

  • 2 mètres de distanciation minimum.

  • Masque pour chanter, y compris en concert.

Travail en groupes séparés dans des salles. Le nombre de chanteurs par salle est déterminé par les possibilités d’espacement et d’aération des salles.

 

Pauses régulières pour aérer (ouverture des fenêtres au maximum).

 

Échauffements et travail en extérieur quand le temps le permet.

 

Travail en tutti dans l’Espace Culturel de Vaison (en utilisant tout l’espace). Ventilation par apport d’air neuf en marche, et aération à chaque pause. Quelques séances sans masque sous condition d’espacement de plus de 3 mètres entre les chanteurs.
 

Concerts

 

Concert place Montfort : avec masque

Concert en Facebook Live : avec masque (scène plus petite que l’Espace Culturel).

 

Sensibilisation

 

En amont et pendant la session, sur l’importance des mesures sanitaires pour éviter un cluster (conséquences personnelles et familiales, conséquences pour le CNJ, conséquences pour ACJ).

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