Hommage à Françoise Scherhag, membre d’honneur À Cœur Joie

Françoise est partie.
Elle avait 89 ans depuis le 17 juillet.
Suite à une sciatique déclarée le 17 mars, mon épouse Françoise s'est retrouvée clouée au lit, puis une série d’affections l’a rendu entièrement dépendante et lui a fait perdre l'appétit. Elle s'est alors affaiblie irrémédiablement. Malgré la morphine, depuis le 9 juin, elle n'a malheureusement jamais cessé de souffrir.
Je voudrais que l’on se souvienne uniquement de sa générosité et de son énergie, qui firent de Françoise une femme exceptionnelle, aimée de tous ceux et celles qui l'ont connue.
Françoise, membre d’honneur de l’Association A Cœur Joie, emporte avec elle l’amour des enfants, ses dons extraordinaires pour la pédagogie, sa note de 19,75 obtenue lors d’une inspection, et celle de 19,5 obtenue au bac en philo (mais avec un 4 en maths… et mentir sur son âge comme elle l’a toujours fait était donc un exercice très périlleux !).
Elle emporte ses spectacles magnifiques à l’école, fruit du travail de toute une équipe qu’elle avait gonflée à bloc.
Elle emporte ses concerts à l’Opéra de Massy ou les pieds dans la neige au marché de Noël de Bures, ses créations, avec « Jazz n’Faust » de Pierre-Gérard Verny ou « Le retour de la petite cuillère » et « La princesse des fleurs » de Julien Joubert.
Elle emporte la mobilisation de ses amies et amis pour accueillir la Cigale de Lyon et lui organiser un concert à l’église de Bures, le concert au Champ de Mars avec Seiji Osawa et Andréa Bocelli en 2000.
Elle emporte ses week-ends au Rocheton avec des surprises sous l’oreiller et du Nutella au p’tit déj, ses classes de maternelle où les enfants travaillaient par petits groupes, des petites ruches où les élèves travaillaient en toute autonomie sans se douter que derrière la moindre activité se cachait un objectif pédagogique qui les ferait progresser.
Elle emporte les mille chansons pour enfant qu’elle connaissait et dont le matin au réveil, elle cherchait un mot oublié dans un couplet, les trois accords de guitare qui lui servaient de temps en temps en grande section, la musique du « troisième homme » qu’elle jouait au piano ainsi que le thème de la toccata et fugue en ré mineur de JS Bach. De Bach elle connaissait tous les chorals appris avec son père, qui a dû arrêter l’école très tôt pour aider sa mère. Mais il était devenu prof de philo en buchant les cours du soir, puis à force de travail proviseur du Lycée de Fontainebleau. Françoise a tout appris en musique de son père, organiste autodidacte, qui en bon protestant jouait de l’orgue au culte mais aussi à la messe catholique pour rendre service.
Elle emporte avec elle la mort d’un père qu’elle adorait et qui est parti trop tôt, et l’inconsolable chagrin d’avoir perdu sa fille de la maladie de Charcot. Elle emporte ses projets dans lesquels elle entraînait toute l’école ou toute la chorale ou tous les chœurs d’enfants de la région « A Cœur Joie », étonnant les spectateurs par la qualité vocale qu’elle arrivait à obtenir, à force d’exigence et de bienveillance, des tout petits comme des plus grands. Ces projets, qu’elle menait à bien « coûte que coûte », étaient ponctués de joyeuses réunions de préparation, dont les participants étaient souvent perdus car Françoise ne suivait jamais l’ordre du jour, qu’elle avait pourtant minutieusement préparé et photocopié, mais ils étaient vite consolés par ses tartes aux pommes et, bien évidemment, … par les chocolats de Jeff de Bruges.
Robert, avec tout son amour et son admiration pour Françoise.
Françoise Scherhag, membre d’honneur d’A Cœur Joie, est décédée le 25 août aux Ulis (Essonne).
Elle avait 89 ans.
Françoise a apporté un concours très important au développement des chorales d’enfants en Essonne, en Ile de France et même au plan national, particulièrement entre 1994 et 2018. Enseignante en maternelle, Françoise a connu une existence douloureuse (graves problèmes de santé, événements familiaux…) : elle formait avec Robert, son mari, un couple solide qui offrait un cadre pour le développement de ses projets musicaux toujours nouveaux, audacieux, fédérateurs, inatteignables… et toujours réussis ! 60 concerts dans des lieux prestigieux ou plus modestes : le Rocheton, Opéra de Massy, Chamarande, Champ de mars (Paris), Vaison-la-Romaine, Saint-Germain des Prés , salles essonniennes…
A Cœur Joie a offert à Françoise des opportunités pour développer sa pédagogie dans laquelle elle entraînait les enfants qu’elle chérissait, mais aussi enseignants, chefs de chœurs, compositeurs, choristes, instrumentistes en de joyeux bazars qui trouvaient toujours une issue rayonnante de plaisirs et d’étonnements. Citons : Julien Joubert, Marie-Noëlle Maerten, Anne-Marie Cabut, Catherine Duperray, Seiji Ozawa, Andrea Bocelli, Yannick Noah, etc…
Françoise laisse le souvenir d’une énergie inoxydable, toujours confiante envers les plus petits, heureuse même dans l’adversité, sollicitant le concours de tous sur ses projets fédérateurs.
MICHEL GAUVRY


